Une criminologue décrypte le mode opératoire des agresseurs

Sylvia Bréger est criminologue et correspondante scientifique du pôle judiciaire de la Gendarmerie Nationale. Elle est notamment spécialisée en décodage du non-verbal et des expressions faciales.

Dans un article intitulé « Quand les prédateurs observent le langage corporel de leurs victimes…« , elle décrypte le mode opératoire des agresseurs, et plus exactement la façon dont ces « prédateurs » choisissent leur « proie ». Elle s’appuie à la fois sur son expérience personnelle, à la rencontre des délinquants, et une étude menée par le Dr Angela Book, du département de psychologie de l’université de Brock.

Les conclusions sont les suivantes : si les agresseurs tiennent compte du lieu et de l’isolement de leur victime avant de passer à l’acte, ils scrutent également l’attitude corporelle de celle-ci. « Il a été demandé aux psychopathes d’indiquer quelles sont les personnes qu’ils attaqueraient. Tous ont sélectionné les personnes : marchant à petits pas et de manière asynchrone, avec une démarche lente, ayant la tête baissée, qui ne font pas attention à leur environnement, recroquevillées sur elles-mêmes« .

Petr Novák, Wikipedia
« Je sélectionne une victime à sa façon de marcher »

L’attitude et plus généralement la communication non-verbale sont ainsi régulièrement travaillées lors de nos stages de self-défense pour les femmes. Nous nous basons sur ces travaux et conseillons, dans la mesure du possible, une démarche énergique, un pas sûr, une tête haute, qui sont autant de signaux dissuasifs pour un agresseur potentiel. Pour de nombreuses femmes, cette reconquête du corps dans l’espace demande du temps et de la pratique, et pour les aider nous accordons une place importante aux mises en situation.

Respirer la confiance en soi et savoir occuper l’espace sont par ailleurs deux qualités utiles dans d’autres contextes, notamment en milieu professionnel. Comme le rappelle Amy Cuddy, professeur et chercheur à Harvard, elle aussi spécialisée en communication non-verbale, « votre langage corporel forge qui vous êtes. »

Nous conclurons toutefois, afin d’éviter tout raccourci ou malentendu sur ce sujet difficile, de la même manière que Sylvia Bréger : « si une attaque survient, cela prédisposerait à penser que la personne a adopté une mauvaise attitude corporelle. Une victime ne doit jamais porter la responsabilité de son agression. Le seul responsable est et restera l’agresseur lui-même. »

L’agresseur est la seule cause de l’agression. Aucune étude ne peut changer cela.